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Analyse patrimoniale

Rééquilibrer son portefeuille

Pourquoi et comment rééquilibrer régulièrement votre portefeuille d'investissements.

8 min de lecture
25 février 2025

Qu'est-ce que le rééquilibrage de portefeuille ?

Le rééquilibrage de portefeuille consiste à réajuster la répartition de vos investissements pour revenir à votre allocation cible initiale. C'est une opération de maintenance indispensable, comparable à la révision régulière d'une voiture : sans elle, votre portefeuille dérive progressivement loin de sa configuration optimale.

Imaginons que vous ayez défini une allocation cible de 60 % en actions et 40 % en obligations. Au fil du temps, les performances différentes de ces deux classes d'actifs vont naturellement modifier cette répartition. Si les actions ont bien performé, votre portefeuille pourrait se retrouver à 70 % actions et 30 % obligations. Vous prenez alors plus de risque que prévu, sans l'avoir consciemment décidé.

Pourquoi les portefeuilles dérivent-ils ?

La dérive d'un portefeuille est un phénomène mécanique et inévitable. Elle résulte du simple fait que les différentes classes d'actifs ne performent pas de manière identique au fil du temps.

Prenons un exemple concret. En janvier, vous investissez 10 000 € répartis ainsi :

  • 6 000 € en actions (60 %)
  • 4 000 € en obligations (40 %)

Après un an, supposons que les actions aient gagné 15 % et les obligations 3 % :

  • Actions : 6 000 € × 1,15 = 6 900 € (maintenant 62,6 % du portefeuille)
  • Obligations : 4 000 € × 1,03 = 4 120 € (maintenant 37,4 % du portefeuille)
  • Total : 11 020 €

En seulement un an, votre allocation a dérivé de 60/40 à 63/37. Après plusieurs années de hausse boursière, l'écart peut devenir bien plus important. De 2019 à 2024, les marchés actions ont eu des performances spectaculaires : un portefeuille 60/40 de 2019 aurait facilement dérivé vers du 75/25 sans rééquilibrage.

C'est exactement ce piège qui guette les investisseurs passifs qui « oublient » leur portefeuille : ils se retrouvent avec un niveau de risque bien supérieur à celui qu'ils avaient choisi, et la correction peut être douloureuse lorsqu'elle arrive.

Les bénéfices du rééquilibrage

Maîtrise du risque

C'est le bénéfice principal. Le rééquilibrage vous empêche de dériver vers un portefeuille trop risqué (après une hausse des actions) ou trop conservateur (après un krach). Vous maintenez le niveau de risque que vous avez délibérément choisi, en cohérence avec votre profil et votre horizon de placement.

L'effet « acheter bas, vendre haut »

Le rééquilibrage vous force à faire exactement ce que la psychologie humaine rend si difficile : vendre ce qui a monté (prendre des bénéfices) et acheter ce qui a baissé (profiter des valorisations basses). C'est une forme de discipline automatique qui combat nos biais comportementaux naturels — la cupidité (ne pas vouloir vendre un actif qui monte) et la peur (ne pas oser acheter un actif qui a chuté).

Discipline d'investissement

En vous astreignant à un rééquilibrage régulier, vous instaurez un rituel d'investissement qui élimine les émotions de l'équation. Vous n'essayez pas de prédire les marchés : vous appliquez mécaniquement votre stratégie, quelles que soient les conditions.

Un léger bonus de rendement

Plusieurs études académiques ont montré que le rééquilibrage systématique peut apporter un bonus de rendement de 0,5 à 1 % par an par rapport à un portefeuille laissé en dérive. Ce « rebalancing bonus » provient de l'exploitation mécanique du retour à la moyenne entre les classes d'actifs.

Les méthodes de rééquilibrage

Rééquilibrage calendaire

La méthode la plus simple consiste à rééquilibrer à date fixe, indépendamment de l'amplitude de la dérive. Vous choisissez une fréquence (trimestrielle, semestrielle ou annuelle) et vous rééquilibrez à chaque échéance.

Avantages : simplicité, prévisibilité, facilité de mise en œuvre.
Inconvénients : vous pouvez rééquilibrer alors que la dérive est minime (frais inutiles) ou trop tard si un mouvement brutal a eu lieu entre deux dates.

Rééquilibrage par seuil (threshold-based)

Avec cette méthode, vous définissez un seuil de tolérance — par exemple, ±5 points de pourcentage — et vous ne rééquilibrez que lorsque ce seuil est franchi. Si votre cible est 60 % en actions, vous n'agissez que si la part dépasse 65 % ou descend sous 55 %.

Avantages : vous ne rééquilibrez que lorsque c'est réellement nécessaire, réduisant les frais de transaction.
Inconvénients : nécessite un suivi plus régulier pour détecter les franchissements de seuils.

Méthode hybride

La méthode hybride combine les deux approches : vous vérifiez votre allocation à date fixe (par exemple tous les trimestres) et vous ne rééquilibrez que si la dérive dépasse un certain seuil. C'est la méthode recommandée par la plupart des gestionnaires de patrimoine, car elle offre le meilleur compromis entre discipline et efficacité.

En pratique, un rééquilibrage semestriel avec un seuil de 5 % est un excellent point de départ pour la majorité des investisseurs.

Le processus de rééquilibrage pas à pas

Voici comment procéder concrètement, en cinq étapes :

  1. Relevez la valeur actuelle de chaque actif : connectez-vous à vos différents comptes (PEA, assurance-vie, CTO, livrets) et notez le montant de chaque position.
  2. Calculez les pourcentages actuels : divisez la valeur de chaque classe d'actifs par la valeur totale du portefeuille. Exemple : 42 000 € en actions sur un total de 65 000 € = 64,6 %.
  3. Comparez avec votre allocation cible : identifiez les écarts. Si votre cible est 60 % en actions et que vous êtes à 64,6 %, vous avez un excédent de 4,6 points en actions.
  4. Calculez les montants à déplacer : pour un portefeuille de 65 000 € avec une cible de 60 % en actions, le montant cible est 39 000 €. Vous avez 42 000 € : il faut donc déplacer 3 000 € des actions vers les classes sous-pondérées.
  5. Exécutez les opérations : vendez 3 000 € d'actions (ou d'ETF actions) et achetez pour 3 000 € d'obligations ou d'autres actifs sous-pondérés. Prenez en compte les frais et la fiscalité avant d'agir.

Implications fiscales en France

Le rééquilibrage implique souvent de vendre des actifs qui ont monté, ce qui déclenche des plus-values imposables. La fiscalité française doit donc être soigneusement prise en compte.

Le PEA : l'enveloppe idéale pour le rééquilibrage

À l'intérieur d'un PEA, les ventes ne déclenchent aucune imposition tant que vous ne faites pas de retrait. Vous pouvez donc vendre et acheter librement au sein du PEA sans conséquence fiscale. C'est l'enveloppe idéale pour rééquilibrer la part actions de votre portefeuille. Si votre PEA contient plusieurs ETF (actions européennes, actions mondiales, actions émergentes), rééquilibrez entre eux sans aucune friction fiscale.

L'assurance-vie : un cadre fiscal avantageux

Comme pour le PEA, les arbitrages au sein d'une assurance-vie (passage de fonds euros à unités de compte et inversement) ne génèrent pas d'imposition immédiate. C'est donc un excellent véhicule pour rééquilibrer entre actions (UC) et obligations (fonds euros). Seuls les rachats (retraits) sont imposables, avec un régime favorable après 8 ans.

Le CTO : attention à la flat tax

Sur un Compte-Titres Ordinaire (CTO), chaque vente avec plus-value est soumise au PFU (Prélèvement Forfaitaire Unique) de 30 % (12,8 % d'impôt sur le revenu + 17,2 % de prélèvements sociaux). Le rééquilibrage sur CTO a donc un coût fiscal réel. Deux stratégies permettent de limiter cet impact :

  • Privilégiez le rééquilibrage par apports (voir section suivante) plutôt que par ventes.
  • Utilisez les moins-values : si certaines positions sont en perte, vendez-les en même temps que les positions en gain pour compenser fiscalement (les moins-values sont reportables pendant 10 ans sur un CTO).

En résumé, rééquilibrez en priorité au sein du PEA et de l'assurance-vie, et utilisez le CTO en dernier recours ou via des apports de cash.

Quand rééquilibrer ?

La question de la fréquence optimale de rééquilibrage a fait l'objet de nombreuses études. Voici les conclusions principales :

  • Trop fréquent (mensuel ou plus) : génère des frais de transaction excessifs et, sur CTO, un frottement fiscal important. Les études montrent qu'un rééquilibrage mensuel n'apporte pas de bénéfice supplémentaire par rapport à un rééquilibrage trimestriel.
  • Annuel : c'est le minimum recommandé. Une étude de Vanguard a montré qu'un rééquilibrage annuel offre un excellent ratio coût-bénéfice. Choisissez une date fixe (1er janvier, date d'anniversaire, etc.) pour ne pas oublier.
  • Semestriel : considéré par beaucoup comme la fréquence optimale. Assez fréquent pour empêcher les dérives importantes, assez espacé pour limiter les coûts.
  • Après un mouvement de marché exceptionnel : si les marchés perdent ou gagnent plus de 15-20 % en quelques semaines (comme en mars 2020), un rééquilibrage extraordinaire peut être justifié, même si votre prochaine date n'est pas arrivée.

Le rééquilibrage en pratique avec les comptes français

Voici comment organiser concrètement le rééquilibrage entre vos différentes enveloppes.

Exemple pratique

Pierre, 42 ans, a défini une allocation cible de 55 % actions, 25 % obligations/fonds euros, 10 % immobilier (SCPI) et 10 % liquidités. Son patrimoine financier se répartit comme suit :

  • PEA : 45 000 € en ETF actions
  • Assurance-vie : 12 000 € en fonds euros + 8 000 € en UC actions + 6 000 € en SCPI
  • Livret A + LDDS : 9 000 €

Total : 80 000 €

Répartition actuelle :

  • Actions : 45 000 + 8 000 = 53 000 € (66,3 %) — cible : 55 %
  • Obligations/Fonds euros : 12 000 € (15,0 %) — cible : 25 %
  • Immobilier (SCPI) : 6 000 € (7,5 %) — cible : 10 %
  • Liquidités : 9 000 € (11,3 %) — cible : 10 %

Actions à mener pour rééquilibrer :

  1. Dans l'assurance-vie (sans impact fiscal) : arbitrer 8 000 € d'UC actions vers le fonds euros. Le fonds euros passe à 20 000 € et les UC actions à 0 €.
  2. Résultat : actions = 45 000 € (56,3 %), obligations = 20 000 € (25,0 %), SCPI = 6 000 € (7,5 %), liquidités = 9 000 € (11,3 %).
  3. L'allocation actions est désormais très proche de la cible (56,3 % vs 55 %), les obligations sont à la cible (25 %). La SCPI est légèrement sous-pondérée et les liquidités légèrement sur-pondérées, mais les écarts sont minimes et pourront être corrigés via les prochains versements.

Notez que Pierre n'a eu besoin de toucher ni à son PEA ni à ses livrets. Un simple arbitrage au sein de l'assurance-vie a suffi, sans aucune conséquence fiscale.

Le rééquilibrage par flux de trésorerie (cash flow rebalancing)

La méthode la plus élégante et la moins coûteuse de rééquilibrer est d'utiliser vos nouveaux versements pour corriger les déséquilibres, plutôt que de vendre des positions existantes.

Le principe est simple : au lieu de répartir vos versements mensuels proportionnellement à votre allocation cible, vous les dirigez en priorité vers les classes d'actifs sous-pondérées.

Reprenons l'exemple de Pierre. S'il investit 1 000 € par mois et que ses actions sont sur-pondérées, il peut :

  • Diriger 0 € vers les actions (PEA) ce mois-ci
  • Diriger 700 € vers le fonds euros de son assurance-vie
  • Diriger 200 € vers les SCPI en assurance-vie
  • Diriger 100 € vers son Livret A

En quelques mois, l'allocation se rééquilibre naturellement sans aucune vente, donc sans aucun impact fiscal et sans frais de transaction. C'est la méthode idéale pour les investisseurs en phase d'accumulation qui effectuent des versements réguliers.

Cette approche a un autre avantage psychologique : au lieu de vendre des actifs qui montent (ce qui peut être frustrant), vous achetez simplement davantage d'actifs en retard. C'est plus facile à accepter émotionnellement.

Outils et automatisation

Le rééquilibrage peut être facilité par des outils adaptés :

  • Un tableur : un simple fichier Excel ou Google Sheets avec vos positions, leurs pourcentages et les écarts par rapport à la cible. C'est l'outil de base, gratuit et efficace.
  • La gestion pilotée en assurance-vie : certains contrats d'assurance-vie proposent une gestion pilotée qui rééquilibre automatiquement entre fonds euros et unités de compte. Pratique, mais les frais de gestion supplémentaires (0,2 à 0,7 % par an) grignotent la performance.
  • Wealth.OS : notre plateforme calcule automatiquement l'écart entre votre allocation actuelle et votre allocation cible, toutes enveloppes confondues. Elle vous indique exactement quels arbitrages effectuer et dans quelle enveloppe pour minimiser l'impact fiscal. Vous recevez des alertes lorsque la dérive dépasse votre seuil de tolérance et pouvez simuler l'impact de chaque rééquilibrage avant de l'exécuter.

Les erreurs courantes à éviter

Même avec les meilleures intentions, certaines erreurs peuvent réduire l'efficacité de votre rééquilibrage :

  • Ne jamais rééquilibrer : c'est l'erreur la plus fréquente. Beaucoup d'investisseurs définissent une allocation initiale puis n'y touchent plus pendant des années. Leur portefeuille dérive insidieusement, accumulant un risque qu'ils n'ont pas choisi.
  • Rééquilibrer trop souvent : à l'inverse, rééquilibrer chaque semaine génère des frais excessifs et un stress inutile. Les micro-ajustements n'apportent rien.
  • Ignorer la fiscalité : vendre un ETF en forte plus-value sur un CTO pour rééquilibrer alors que le même ajustement peut être fait via un arbitrage en assurance-vie est une erreur coûteuse. Pensez toujours enveloppe par enveloppe.
  • Confondre rééquilibrage et market timing : le rééquilibrage est un processus mécanique et discipliné. Ce n'est pas le moment de « parier » sur une classe d'actifs parce que vous pensez qu'elle va monter. Revenez à votre allocation cible, point final.
  • Oublier d'actualiser l'allocation cible : votre allocation cible doit évoluer avec votre âge et votre situation. Rééquilibrer vers une cible obsolète n'a pas de sens. Revoyez votre allocation cible au moins une fois par an.
  • Négliger les frais de transaction : sur un CTO, les frais de courtage s'accumulent. Certains courtiers facturent entre 1 et 10 € par ordre. Sur de petits montants, ces frais peuvent annuler le bénéfice du rééquilibrage. Privilégiez les courtiers à frais réduits et regroupez vos opérations.
  • Rééquilibrer sous le coup de l'émotion : après un krach, la tentation est de vendre toutes ses actions « avant que ça empire ». Le rééquilibrage dit exactement le contraire : les actions ont baissé, elles sont sous-pondérées, il faut en racheter. Tenez-vous-en à votre processus.

En résumé, le rééquilibrage de portefeuille est une pratique essentielle mais souvent négligée par les investisseurs particuliers. En adoptant une méthode hybride (vérification semestrielle avec seuil de 5 %), en privilégiant le rééquilibrage au sein des enveloppes fiscalement avantageuses (PEA et assurance-vie), et en utilisant vos versements réguliers pour corriger les dérives, vous maintiendrez votre portefeuille aligné avec vos objectifs tout en minimisant les coûts. Wealth.OS simplifie ce processus en surveillant automatiquement votre allocation et en vous guidant dans chaque opération de rééquilibrage.

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