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Protection

Protéger ses proches : assurance vie et prévoyance

Comment utiliser l'assurance vie et la prévoyance pour protéger financièrement vos proches.

10 min de lecture
14 février 2025

Introduction : anticiper pour protéger ceux qui comptent

La question de la protection financière de ses proches est l'une des préoccupations les plus importantes — et paradoxalement l'une des plus négligées — dans la gestion patrimoniale. Que se passerait-il si vous disparaissiez demain ? Votre conjoint pourrait-il maintenir son niveau de vie ? Vos enfants pourraient-ils poursuivre leurs études ? Votre famille pourrait-elle conserver le logement familial ?

En France, deux outils complémentaires permettent de répondre à ces questions : l'assurance vie, formidable outil d'épargne et de transmission, et les contrats de prévoyance, conçus spécifiquement pour protéger vos proches contre les accidents de la vie. Pourtant, une confusion fréquente persiste entre ces deux dispositifs, conduisant de nombreux Français à se croire protégés alors qu'ils ne le sont pas suffisamment.

Dans cet article, nous allons clarifier la différence fondamentale entre assurance vie et assurance décès, expliquer comment chacun de ces outils fonctionne, et vous aider à déterminer le niveau de protection adapté à votre situation. Wealth.OS vous accompagne dans cette démarche en centralisant tous vos contrats et en simulant différents scénarios pour vos proches.

Assurance vie vs assurance décès : ne confondez plus

L'assurance vie : un outil d'épargne et de transmission

Contrairement à ce que son nom suggère, l'assurance vie n'est pas principalement un produit de protection en cas de décès. C'est avant tout un contrat d'épargne à long terme qui vous permet de constituer un capital, de le faire fructifier et de le transmettre dans des conditions fiscales très avantageuses.

Lorsque vous souscrivez une assurance vie, vous versez de l'argent sur un contrat. Cet argent est investi sur un fonds en euros (capital garanti, rendement modéré autour de 2,5 % à 3,5 % en 2025) et/ou sur des unités de compte (actions, obligations, immobilier — rendement potentiellement plus élevé mais avec un risque de perte en capital). Vous restez propriétaire de cet argent et pouvez effectuer des rachats (retraits) à tout moment.

En cas de décès, le capital constitué est transmis aux bénéficiaires désignés dans la clause bénéficiaire du contrat, avec une fiscalité très allégée par rapport aux droits de succession classiques.

L'assurance décès : une protection pure

L'assurance décès (aussi appelée « temporaire décès ») est un contrat de prévoyance pure. Vous payez une cotisation régulière et, en contrepartie, l'assureur s'engage à verser un capital déterminé à vos bénéficiaires si vous décédez pendant la durée du contrat. Si vous ne décédez pas pendant cette période, les cotisations versées sont perdues — elles ne constituent pas une épargne.

L'avantage majeur de l'assurance décès est son coût : pour une cotisation relativement modeste (quelques dizaines d'euros par mois), vous pouvez garantir un capital important (100 000 €, 200 000 € ou davantage) à vos proches. C'est l'outil le plus efficace pour protéger financièrement votre famille à court et moyen terme.

En résumé : L'assurance vie est un outil d'épargne qui permet aussi la transmission. L'assurance décès est un outil de protection pure qui ne constitue pas d'épargne. Les deux sont complémentaires et répondent à des objectifs différents.

L'assurance vie comme outil de transmission

Le mécanisme de la transmission hors succession

L'un des atouts majeurs de l'assurance vie est sa capacité à transmettre un capital en dehors des règles classiques de la succession. Les sommes versées aux bénéficiaires ne passent pas par le notaire et ne sont pas soumises aux mêmes barèmes fiscaux que les droits de succession ordinaires.

Concrètement, vous pouvez désigner qui vous voulez comme bénéficiaire : votre conjoint, vos enfants, un ami, une association, un neveu… La liberté est totale, ce qui fait de l'assurance vie un outil particulièrement précieux dans les situations familiales complexes.

La fiscalité avantageuse de la transmission

La fiscalité de l'assurance vie en cas de décès dépend de l'âge auquel les versements ont été effectués :

Versements effectués avant 70 ans

Chaque bénéficiaire bénéficie d'un abattement de 152 500 €. Au-delà, la taxation est de 20 % jusqu'à 700 000 € puis de 31,25 % au-delà. Cela signifie qu'un couple avec deux enfants peut transmettre jusqu'à 610 000 € totalement exonérés (152 500 € x 2 bénéficiaires x 2 contrats, un par parent). C'est considérablement plus avantageux que les droits de succession classiques.

Versements effectués après 70 ans

Au-delà de 70 ans, un abattement global de 30 500 € s'applique sur l'ensemble des versements (et non par bénéficiaire). Au-delà de cet abattement, les primes versées sont réintégrées dans la succession et soumises aux droits de succession classiques. Cependant, les intérêts et plus-values générés par ces versements restent totalement exonérés, ce qui rend l'assurance vie intéressante même après 70 ans.

La clause bénéficiaire : un élément crucial

La clause bénéficiaire est le cœur de la transmission en assurance vie. C'est elle qui détermine qui recevra les capitaux et dans quelles proportions. Une clause mal rédigée peut avoir des conséquences désastreuses : retard de transmission, taxation excessive, voire conflits familiaux.

La clause standard

La plupart des contrats comportent une clause type : « Mon conjoint, à défaut mes enfants nés ou à naître, vivants ou représentés, par parts égales entre eux, à défaut mes héritiers. » Cette clause convient à la majorité des situations classiques (couple marié avec enfants).

Quand personnaliser la clause ?

  • Couples non mariés (concubins, pacsés) : le concubin n'est pas héritier légal. Si vous voulez qu'il bénéficie de votre assurance vie, vous devez le nommer explicitement dans la clause bénéficiaire. Pour un couple pacsé, le partenaire est exonéré de droits de succession mais n'hérite pas automatiquement sans testament.
  • Familles recomposées : vous pouvez désigner vos enfants d'un premier lit, votre nouveau conjoint et ses enfants dans des proportions librement choisies.
  • Souhait de favoriser un bénéficiaire : vous pouvez attribuer des parts différentes à chaque bénéficiaire (par exemple, 60 % au conjoint et 40 % répartis entre les enfants).
  • Clause à options : une clause démembrée permet de transmettre l'usufruit au conjoint (il perçoit les revenus) et la nue-propriété aux enfants (ils recevront le capital au décès du conjoint).

Attention : Rédigez la clause bénéficiaire avec la plus grande précision. Nommez les bénéficiaires par leur nom complet, date et lieu de naissance. Évitez les formulations ambiguës. En cas de doute, faites-vous accompagner par un notaire ou un conseiller en gestion de patrimoine.

Les contrats de prévoyance : une protection immédiate

Le capital décès

Le contrat de capital décès verse une somme forfaitaire à vos bénéficiaires en cas de décès. Le montant est fixé à la souscription et ne dépend pas de l'épargne constituée (contrairement à l'assurance vie). Vous pouvez souscrire un capital décès de 150 000 €, 200 000 € ou 300 000 € pour une cotisation mensuelle de 15 € à 80 € selon votre âge, votre état de santé et le montant garanti.

Ce capital permet à vos proches de faire face aux dépenses immédiates : remboursement d'un crédit immobilier, maintien du niveau de vie pendant la période de transition, frais d'obsèques, etc.

La rente éducation

La rente éducation est un contrat de prévoyance spécifiquement conçu pour financer les études des enfants en cas de décès d'un parent. L'assureur verse une rente mensuelle à chaque enfant jusqu'à la fin de ses études (généralement jusqu'à 25 ou 28 ans selon les contrats). Le montant de la rente augmente souvent par paliers : par exemple, 300 € par mois jusqu'à 12 ans, 500 € de 12 à 18 ans, et 700 € de 18 à 25 ans.

C'est un outil particulièrement important pour les familles avec de jeunes enfants, car le coût des études supérieures peut être très élevé (écoles de commerce, études de médecine, études à l'étranger).

La rente conjoint

La rente conjoint verse une rente mensuelle ou trimestrielle au conjoint survivant jusqu'à un âge déterminé (souvent jusqu'à la retraite) ou de manière viagère (jusqu'au décès du conjoint). Elle compense la perte de revenus liée au décès et permet au conjoint de maintenir son niveau de vie sans être contraint de vendre le logement ou de modifier drastiquement son train de vie.

La garantie accidents de la vie (GAV)

La garantie accidents de la vie est un contrat souvent méconnu mais très utile. Il couvre les accidents de la vie quotidienne qui ne sont pas pris en charge par d'autres assurances : chutes à domicile, accidents de bricolage ou de jardinage, accidents de sport, brûlures, intoxications alimentaires, agressions, catastrophes naturelles, accidents médicaux.

La GAV intervient lorsque le préjudice corporel dépasse un seuil d'incapacité (généralement 30 %, parfois réduit à 5 % ou 10 % dans les contrats haut de gamme). Elle indemnise les dommages suivants : souffrances endurées, préjudice esthétique, perte de revenus, frais d'aménagement du logement, assistance d'une tierce personne, préjudice d'agrément.

Le coût est raisonnable : entre 80 € et 200 € par an pour une famille. Avec près de 11 millions d'accidents de la vie courante chaque année en France (dont 20 000 décès), c'est un contrat qui mérite votre attention.

Calculer le bon niveau de protection

Comment déterminer le montant de couverture dont vos proches ont besoin ? Voici une méthode de calcul en quatre étapes :

Étape 1 : évaluez les besoins financiers immédiats

  • Capital restant dû sur le crédit immobilier : si votre assurance emprunteur ne couvre pas 100 % du crédit
  • Frais d'obsèques : comptez entre 3 000 € et 5 000 € en moyenne
  • Dettes à rembourser : crédits à la consommation, prêts familiaux
  • Constitution d'un fonds d'urgence : 6 à 12 mois de dépenses courantes pour laisser au conjoint le temps de s'adapter

Étape 2 : évaluez la perte de revenus annuelle

Calculez la différence entre les revenus actuels du ménage et les revenus du conjoint survivant seul. Incluez les pensions de réversion éventuelles (environ 54 % de la retraite du défunt pour le régime général, sous conditions). Multipliez cette perte annuelle par le nombre d'années nécessaires (jusqu'à la retraite du conjoint ou l'autonomie financière des enfants).

Étape 3 : évaluez le coût des études des enfants

Estimez le coût total des études de chaque enfant jusqu'à leur indépendance financière. En France, le coût moyen des études supérieures varie de 5 000 € à 15 000 € par an selon la filière choisie (université publique, école de commerce, école d'ingénieur).

Étape 4 : déduisez les ressources existantes

Soustrayez du besoin total les ressources déjà disponibles : épargne existante, assurance vie déjà souscrite, capital décès de la Sécurité sociale, capital décès de l'employeur (convention collective), patrimoine immobilier.

Exemple concret : Pierre et Marie ont deux enfants de 5 et 8 ans. Pierre gagne 3 500 € nets/mois, Marie 2 200 €. Si Pierre décédait, la perte de revenus serait de 3 500 € – 800 € (pension de réversion estimée) = 2 700 €/mois pendant 15 ans, soit environ 486 000 €. En ajoutant les études (120 000 €) et le fonds d'urgence (40 000 €), le besoin total est d'environ 646 000 €. Après déduction de l'épargne existante (80 000 €) et du capital décès de l'employeur (50 000 €), il reste un besoin de 516 000 € à couvrir via l'assurance vie et la prévoyance.

Organiser sa succession : testament et donation

Le testament

Le testament complète l'assurance vie en vous permettant d'organiser la répartition de votre patrimoine selon vos souhaits, dans les limites imposées par la réserve héréditaire (la part du patrimoine obligatoirement destinée aux enfants). Un testament olographe (écrit de votre main, daté et signé) est parfaitement valable juridiquement, mais un testament authentique (devant notaire) offre plus de sécurité.

Les donations

Transmettre de votre vivant présente des avantages fiscaux significatifs. Chaque parent peut donner jusqu'à 100 000 € par enfant tous les 15 ans sans aucun droit de donation. Pour un couple avec deux enfants, cela représente 400 000 € exonérés tous les 15 ans. À cela s'ajoutent les dons familiaux de sommes d'argent (31 865 € supplémentaires par parent et par enfant sous conditions d'âge).

Cas particuliers : concubins et familles recomposées

Les concubins

Le concubin n'a aucun droit successoral en l'absence de testament. De plus, les droits de succession entre concubins sont taxés à 60 % — le taux le plus élevé. L'assurance vie est donc un outil absolument indispensable pour les couples non mariés : en désignant votre concubin comme bénéficiaire, les capitaux lui seront transmis avec la fiscalité avantageuse de l'assurance vie (abattement de 152 500 € pour les versements avant 70 ans), et non avec les droits de succession de 60 %.

Les familles recomposées

Dans une famille recomposée, l'assurance vie permet de protéger le nouveau conjoint tout en préservant les droits des enfants d'une première union. La clause bénéficiaire démembrée est particulièrement adaptée : le conjoint survivant perçoit les revenus du capital (usufruit), tandis que les enfants recevront le capital à terme (nue-propriété). Cela évite que les enfants d'un premier lit soient lésés au profit du nouveau conjoint, ou inversement.

Revue annuelle : un rendez-vous indispensable

Votre situation familiale et patrimoniale évolue au fil du temps. Un événement majeur (mariage, naissance, divorce, achat immobilier, changement professionnel) doit systématiquement vous amener à réviser votre dispositif de protection. Mais même en l'absence de changement notable, prenez l'habitude de faire une revue annuelle :

  1. Vérifiez que les clauses bénéficiaires de tous vos contrats sont à jour
  2. Recalculez le besoin de protection de vos proches (le montant nécessaire diminue à mesure que votre patrimoine augmente et que vos enfants grandissent)
  3. Comparez les cotisations de vos contrats de prévoyance avec les offres du marché
  4. Assurez-vous que votre testament reflète toujours vos volontés
  5. Vérifiez que votre conjoint connaît l'existence et la localisation de tous vos contrats

Conseil Wealth.OS : Utilisez le tableau de bord Wealth.OS pour centraliser tous vos contrats d'assurance vie et de prévoyance. La fonctionnalité de simulation vous permet de visualiser l'impact financier sur vos proches dans différents scénarios et d'ajuster votre couverture en conséquence. Partagez un accès sécurisé avec votre conjoint pour qu'il puisse retrouver toutes les informations en cas de besoin.

Conclusion

Protéger ses proches n'est pas un sujet agréable à aborder, mais c'est l'une des démarches les plus responsables et les plus importantes que vous puissiez entreprendre. La combinaison d'une assurance vie bien structurée (avec une clause bénéficiaire adaptée) et de contrats de prévoyance calibrés sur vos besoins réels constitue un bouclier financier efficace pour votre famille.

N'attendez pas un événement malheureux pour agir. Prenez le temps d'évaluer vos besoins, de souscrire les contrats adaptés et de maintenir votre dispositif à jour. Vos proches méritent cette tranquillité d'esprit — et vous aussi.

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