Introduction : pourquoi la retraite se prépare à 30 ans
Quand on a 30 ans, la retraite semble être un sujet lointain, presque abstrait. Pourtant, c'est précisément à cet âge que la préparation a le plus d'impact. La raison tient en deux mots : intérêts composés. Albert Einstein aurait qualifié les intérêts composés de « huitième merveille du monde ». Qu'on lui attribue ou non cette citation, le principe reste mathématiquement implacable.
Illustration concrète : Si vous investissez 200 € par mois à 30 ans avec un rendement moyen de 7 % par an (rendement historique moyen des marchés actions sur longue période), vous disposerez d'environ 480 000 € à 65 ans. Si vous attendez 40 ans pour commencer avec le même montant et le même rendement, vous n'aurez que 195 000 € à 65 ans. Dix ans de retard vous coûtent près de 285 000 €.
Ces chiffres ne sont pas de la fiction — c'est la puissance exponentielle des intérêts composés. Chaque année de retard rend l'effort de rattrapage considérablement plus coûteux. Avec Wealth.OS, vous pouvez simuler différents scénarios de préparation à la retraite et visualiser concrètement l'impact du temps sur votre capital futur.
Le système de retraite français : comprendre les bases
Avant de planifier votre retraite complémentaire personnelle, il est essentiel de comprendre ce que le système public vous fournira.
La retraite de base (régime général)
Pour les salariés du privé, la retraite de base est gérée par la Caisse Nationale d'Assurance Vieillesse (CNAV). Son montant dépend de trois facteurs :
- Le salaire annuel moyen (SAM) : calculé sur les 25 meilleures années de revenus
- Le taux de liquidation : 50 % maximum (taux plein), réduit en cas de trimestres manquants (décote)
- La durée d'assurance : nombre de trimestres cotisés par rapport au nombre requis (entre 167 et 172 trimestres selon votre année de naissance)
La pension de base est plafonnée. En 2025, le plafond de la Sécurité sociale est de 3 864 € par mois, ce qui donne une pension de base maximale d'environ 1 932 € bruts par mois (50 % du plafond). En pratique, la pension moyenne de base se situe autour de 1 100 à 1 400 € bruts par mois.
La retraite complémentaire (Agirc-Arrco)
Pour les salariés du privé, la retraite complémentaire est obligatoire et gérée par l'Agirc-Arrco. Elle fonctionne par un système de points :
- Vos cotisations sont converties en points tout au long de votre carrière
- À la retraite, vos points sont convertis en pension selon la valeur du point (1,4159 € en 2024)
- Un coefficient de solidarité (malus de 10 % pendant 3 ans) peut s'appliquer si vous partez dès l'atteinte du taux plein, sans décaler d'un an
En moyenne, la retraite complémentaire représente environ 30 à 40 % de la pension totale d'un cadre du privé.
Le taux de remplacement : le chiffre clé
Le taux de remplacement mesure le rapport entre votre pension de retraite et votre dernier salaire. En France, il se situe en moyenne entre :
- 70 à 75 % pour les salariés au SMIC
- 50 à 60 % pour les cadres moyens
- 40 à 50 % pour les cadres supérieurs (revenus au-dessus du plafond de la Sécurité sociale)
Autrement dit, plus vos revenus sont élevés, plus l'écart entre votre niveau de vie actuel et votre pension de retraite sera important. C'est ce qu'on appelle le « gap de retraite ».
Pourquoi le système actuel pourrait ne pas suffire
Plusieurs tendances structurelles menacent la pérennité du système de retraite par répartition français :
- Le ratio actifs/retraités se dégrade : il est passé de 4 actifs pour 1 retraité dans les années 1960 à environ 1,7 actif pour 1 retraité en 2024. Les projections du COR (Conseil d'Orientation des Retraites) prévoient 1,3 actif pour 1 retraité en 2050.
- L'allongement de l'espérance de vie : l'espérance de vie à 60 ans augmente d'environ un trimestre par an. Les durées de retraite s'allongent mécaniquement.
- Les réformes successives : depuis 1993, chaque réforme a repoussé l'âge de départ, augmenté la durée de cotisation requise ou modifié le calcul des pensions. La tendance est structurellement à la baisse des droits.
- Les carrières hachées : les nouvelles générations connaissent davantage de périodes de chômage, de freelancing, d'entrepreneuriat et de reconversions qui réduisent les droits acquis.
La conclusion est claire : compter uniquement sur le système public pour maintenir votre niveau de vie à la retraite est un pari risqué. Une épargne retraite complémentaire personnelle est devenue une nécessité.
Calculer votre « gap de retraite »
Le gap de retraite est la différence entre le revenu dont vous aurez besoin à la retraite et ce que le système public vous versera. Voici comment le calculer simplement :
- Estimez vos besoins à la retraite : en règle générale, on estime qu'il faut environ 70 à 80 % de son dernier revenu net pour maintenir son niveau de vie (les charges liées au travail disparaissent, mais d'autres augmentent comme la santé et les loisirs).
- Estimez votre pension : consultez votre relevé de carrière sur info-retraite.fr et utilisez le simulateur officiel m@rel.
- Calculez l'écart : c'est votre gap mensuel.
Exemple : Marie, 30 ans, cadre, gagne 3 500 € nets par mois. Son besoin estimé à la retraite : 3 500 × 75 % = 2 625 €. Sa pension estimée (base + complémentaire) : environ 1 800 €. Son gap mensuel : 825 €. Pour le combler, elle devra disposer d'un capital retraite complémentaire suffisant pour générer ces 825 € par mois pendant 25 à 30 ans de retraite, soit environ 250 000 à 300 000 €.
Le PER (Plan d'Épargne Retraite) : l'outil dédié
Créé par la loi PACTE en 2019, le PER est devenu le véhicule principal de l'épargne retraite en France. Il remplace les anciens PERP, Madelin et contrats Article 83.
Fonctionnement du PER
- Versements déductibles : les sommes versées sur un PER sont déductibles de votre revenu imposable, dans la limite du plafond (10 % des revenus professionnels N-1, plafonné à environ 35 194 € en 2025, ou 4 399 € si ce montant est supérieur).
- Avantage fiscal immédiat : pour un contribuable imposé à 30 %, un versement de 5 000 € génère une économie d'impôt de 1 500 €. À 41 %, l'économie atteint 2 050 €.
- Blocage jusqu'à la retraite : les fonds sont bloqués jusqu'au départ en retraite, sauf cas de déblocage anticipé (achat de la résidence principale, invalidité, décès du conjoint, surendettement, expiration des droits au chômage, cessation d'activité non salariée suite à liquidation judiciaire).
- Sortie au choix : à la retraite, vous pouvez récupérer votre capital en rente viagère, en capital, ou un mix des deux.
Le PER est-il pertinent à 30 ans ?
Oui, à condition d'être dans une tranche d'imposition d'au moins 30 %. L'avantage fiscal à l'entrée est alors significatif. Attention cependant : la fiscalité à la sortie (à la retraite) viendra compenser partiellement cet avantage. Le PER est donc surtout intéressant si vous êtes plus imposé aujourd'hui qu'à la retraite, ce qui est le cas le plus courant.
L'assurance-vie : la polyvalence au service de la retraite
L'assurance-vie reste le placement préféré des Français avec plus de 1 900 milliards d'euros d'encours. C'est un outil précieux pour la préparation de la retraite grâce à sa souplesse :
- Disponibilité : contrairement au PER, les fonds restent disponibles à tout moment (pas de blocage).
- Fiscalité avantageuse après 8 ans : les gains bénéficient d'un abattement annuel de 4 600 € (9 200 € pour un couple) avant application du PFU (prélèvement forfaitaire unique) ou du barème progressif.
- Diversification : vous pouvez mixer fonds euros (sécurité) et unités de compte (performance) selon votre profil de risque.
- Transmission : en cas de décès, les capitaux transmis via l'assurance-vie bénéficient d'une fiscalité très avantageuse (abattement de 152 500 € par bénéficiaire pour les versements avant 70 ans).
Pour la retraite, l'assurance-vie peut être utilisée en complément du PER. La stratégie optimale combine souvent les deux : le PER pour la défiscalisation annuelle et l'assurance-vie pour la flexibilité et la transmission.
Le PEA : la puissance des marchés actions
Le Plan d'Épargne en Actions (PEA) est un outil sous-estimé pour la préparation de la retraite. Ses atouts :
- Exonération d'impôt sur les plus-values après 5 ans : seuls les prélèvements sociaux de 17,2 % s'appliquent (contre 30 % de flat tax sur un compte-titres ordinaire).
- Plafond de versement : 150 000 € (225 000 € avec un PEA-PME complémentaire).
- Accès aux marchés actions : actions européennes, ETF (trackers) couvrant le monde entier.
À 30 ans, avec un horizon de 30 à 35 ans avant la retraite, le PEA est l'outil idéal pour investir en actions avec un avantage fiscal maximal. Un investissement régulier de 300 € par mois dans un ETF World sur un PEA, avec un rendement moyen de 7 % par an, représente un capital estimé d'environ 365 000 € après 30 ans.
L'immobilier locatif : des revenus passifs pour la retraite
L'investissement immobilier locatif offre un avantage unique pour la retraite : des revenus réguliers et prévisibles financés en grande partie par le locataire pendant la phase de remboursement du crédit.
- L'effet de levier du crédit : vous empruntez pour investir, et les loyers remboursent tout ou partie des mensualités. À la retraite, le crédit est remboursé et les loyers deviennent un revenu complémentaire net.
- Dispositifs fiscaux : le LMNP (Loueur Meublé Non Professionnel) permet d'amortir le bien et de réduire significativement l'imposition des loyers. Le dispositif Pinel (en cours de suppression) offrait une réduction d'impôt pour l'investissement dans le neuf.
- Protection contre l'inflation : les loyers sont généralement indexés sur l'IRL (Indice de Référence des Loyers), ce qui offre une couverture naturelle contre l'inflation.
Exemple : À 30 ans, vous achetez un studio à 120 000 € financé à crédit sur 20 ans. Le loyer de 550 € couvre largement la mensualité de 700 € (effort d'épargne de 150 €/mois). À 50 ans, le crédit est remboursé. Vous percevez 550 €/mois nets (ou plus, grâce à la revalorisation des loyers) comme complément de retraite, soit 6 600 € par an.
Objectifs d'épargne par âge : des repères concrets
Voici des repères indicatifs pour évaluer votre avancement dans la préparation de votre retraite :
À 30 ans
- Fonds d'urgence constitué (3 à 6 mois de dépenses)
- PEA ouvert et premiers investissements réguliers (même 100 €/mois)
- Assurance-vie ouverte pour « prendre date » sur la fiscalité des 8 ans
- Objectif d'épargne retraite : 1 à 2 fois votre salaire annuel brut accumulé
À 40 ans
- Épargne retraite cumulée : 3 à 4 fois votre salaire annuel brut
- Diversification en place : PEA, assurance-vie, éventuellement PER et immobilier locatif
- Versements mensuels de 15 à 20 % de vos revenus nets vers l'épargne long terme
- Premier bilan retraite détaillé sur info-retraite.fr
À 50 ans
- Épargne retraite cumulée : 6 à 8 fois votre salaire annuel brut
- Réduction progressive du risque dans vos investissements (moins d'actions, plus d'obligations et de fonds euros)
- Maximisation des versements sur le PER pour optimiser la fiscalité des dernières années de carrière
- Simulation précise de votre pension totale (régime obligatoire + épargne personnelle)
L'évolution de votre stratégie d'investissement dans le temps
Votre allocation d'actifs doit évoluer à mesure que vous vous rapprochez de la retraite. Voici un cadre général :
Phase 1 : Accumulation agressive (30-45 ans)
Avec un horizon de 20 à 35 ans, vous pouvez vous permettre une allocation orientée vers la croissance :
- 70 à 90 % en actions (ETF World, ETF Europe, actions individuelles via PEA)
- 10 à 30 % en obligations et fonds euros
Les fluctuations de marché ne doivent pas vous inquiéter : sur 20 ans, la probabilité de perte sur un portefeuille diversifié d'actions mondiales est historiquement proche de zéro.
Phase 2 : Transition (45-55 ans)
L'horizon raccourcit, il faut commencer à sécuriser les gains :
- 50 à 70 % en actions
- 30 à 50 % en obligations, fonds euros et immobilier (SCPI)
Phase 3 : Sécurisation (55-65 ans)
La priorité est la préservation du capital :
- 30 à 50 % en actions (conserver une part pour l'inflation)
- 50 à 70 % en obligations, fonds euros et SCPI
Wealth.OS propose une fonctionnalité de « pilotage automatique » qui ajuste progressivement votre allocation en fonction de votre âge et de votre date de départ à la retraite prévue.
Le mouvement FIRE en France
Le mouvement FIRE (Financial Independence, Retire Early) gagne en popularité en France, notamment auprès des 25-40 ans. Son principe : épargner et investir massivement (50 à 70 % de ses revenus) pour atteindre l'indépendance financière bien avant l'âge légal de la retraite.
- La règle des 4 % : selon la « Trinity Study », vous pouvez retirer 4 % de votre capital chaque année sans l'épuiser sur 30 ans. Ainsi, pour un besoin annuel de 30 000 €, il faut un capital de 750 000 €.
- Les variantes françaises : le « Lean FIRE » (mode de vie frugal, capital modeste de 400 000 à 600 000 €), le « Fat FIRE » (capital supérieur à 1,5 million d'euros pour un train de vie confortable) et le « Coast FIRE » (accumuler suffisamment tôt pour que les intérêts composés fassent le travail seuls).
- Les spécificités françaises : le système social français (assurance maladie, minimum vieillesse) offre un filet de sécurité qui n'existe pas dans d'autres pays. Les PEA, assurance-vie et PER offrent des cadres fiscaux avantageux pour les investisseurs FIRE.
Même si vous ne visez pas un départ à 40 ans, les principes FIRE (taux d'épargne élevé, investissement régulier, maîtrise des dépenses) sont universellement bénéfiques pour la préparation de la retraite.
Les erreurs classiques de la planification retraite
Évitez ces pièges qui compromettent des milliers de projets de retraite chaque année :
- Reporter le début de l'épargne : chaque année perdue coûte cher. Commencer à 30 ans avec 200 €/mois est infiniment plus efficace que commencer à 50 ans avec 600 €/mois.
- Sous-estimer l'inflation : une inflation de 2 % par an réduit votre pouvoir d'achat de 45 % sur 30 ans. Vos investissements doivent battre l'inflation, pas simplement l'égaler.
- Rester trop conservateur : à 30 ans, placer toute son épargne retraite sur un Livret A à 3 % est une erreur coûteuse. Avec l'inflation, le rendement réel est proche de zéro. Les marchés actions, malgré leur volatilité, offrent un rendement réel moyen de 5 à 7 % par an sur longue période.
- Négliger la diversification : concentrer toute son épargne sur un seul support (immobilier, une seule action, un seul fonds) vous expose à un risque excessif.
- Ne pas simuler régulièrement : votre situation évolue (revenus, famille, objectifs). Refaites vos calculs au moins une fois par an pour vous assurer que vous êtes sur la bonne trajectoire.
- Ignorer les frais : des frais de gestion de 2 % par an sur une assurance-vie peuvent coûter des dizaines de milliers d'euros sur 30 ans. Privilégiez les supports à frais réduits (ETF, contrats en ligne).
- Compter sur un héritage ou la revente de sa résidence principale : ces éléments sont incertains et ne doivent pas constituer le socle de votre plan retraite.
Conclusion : votre plan d'action retraite à 30 ans
Préparer sa retraite à 30 ans, ce n'est pas se priver aujourd'hui pour un futur hypothétique. C'est se donner les moyens de choisir sa vie à 55, 60 ou 65 ans. Voici votre feuille de route :
- Ouvrez un PEA dès maintenant et commencez à investir régulièrement, même 100 € par mois, dans un ETF World.
- Ouvrez une assurance-vie en ligne (frais réduits) pour « prendre date » sur l'avantage fiscal des 8 ans.
- Consultez votre relevé de carrière sur info-retraite.fr pour avoir une première estimation de votre pension.
- Calculez votre gap de retraite et définissez un objectif d'épargne mensuelle.
- Configurez vos objectifs retraite dans Wealth.OS pour suivre votre progression et ajuster votre stratégie au fil du temps.
Le temps est votre allié le plus puissant. Chaque mois d'investissement aujourd'hui vaut des mois d'effort supplémentaire demain. Commencez maintenant, même modestement — votre futur vous remerciera.