Qu'est-ce que la diversification ?
La diversification est une stratégie d'investissement qui consiste à répartir son capital entre différents actifs afin de réduire le risque global de son portefeuille. Le principe fondamental est simple et souvent résumé par l'adage populaire : «Ne mettez pas tous vos oeufs dans le même panier.»
L'idée sous-jacente est que les différents actifs financiers ne réagissent pas de la même manière aux événements économiques. Lorsque certains investissements baissent, d'autres peuvent monter ou rester stables, ce qui amortit les chocs sur l'ensemble de votre patrimoine. Harry Markowitz, prix Nobel d'économie en 1990, a formalisé ce concept dans sa théorie moderne du portefeuille, démontrant mathématiquement qu'un portefeuille diversifié offre un meilleur rapport rendement/risque qu'un investissement concentré.
Pour illustrer ce concept, prenons un exemple simple. Imaginez deux investisseurs en 2020 :
- Investisseur A : 100 % de son portefeuille investi dans des actions du secteur aérien (Air France-KLM, Airbus, ADP).
- Investisseur B : portefeuille réparti entre actions technologiques (30 %), santé (20 %), consommation courante (20 %), immobilier (15 %) et obligations (15 %).
Lors de la crise du Covid-19, l'investisseur A a vu son portefeuille chuter de plus de 60 % en quelques semaines, tandis que l'investisseur B n'a subi qu'une baisse d'environ 15 à 20 %, compensée en partie par la hausse des valeurs technologiques et de santé. La diversification a joué son rôle de bouclier protecteur.
Pourquoi la diversification est-elle si importante ?
La diversification est considérée comme le seul «repas gratuit» de la finance, selon la célèbre formule attribuée à Markowitz. Voici les raisons profondes qui la rendent indispensable :
Réduire le risque spécifique
En finance, on distingue deux types de risque. Le risque systématique (ou risque de marché) affecte l'ensemble des actifs : récession mondiale, crise financière, pandémie. Ce risque est incompressible et touche tous les investisseurs. Le risque spécifique concerne un actif, un secteur ou une zone géographique en particulier : faillite d'une entreprise, scandale comptable, effondrement d'un secteur. La diversification permet d'éliminer presque totalement ce risque spécifique. Avec un portefeuille de 30 actions bien diversifiées, le risque spécifique est réduit de plus de 90 %.
Lisser la performance dans le temps
Un portefeuille diversifié offre des rendements plus réguliers et prévisibles. Les années de forte baisse sont atténuées et la volatilité globale est réduite. Cela peut sembler moins excitant qu'un portefeuille concentré qui monte en flèche, mais c'est précisément cette régularité qui permet de rester investi sur le long terme sans céder à la panique.
Protéger contre l'imprévisible
Personne ne peut prédire l'avenir avec certitude. La prochaine crise touchera-t-elle le secteur bancaire, les technologies, l'énergie ou l'immobilier ? Nul ne le sait. En diversifiant, vous acceptez cette incertitude et vous vous protégez contre les scénarios que vous n'avez pas anticipés. C'est une approche humble et réaliste face à la complexité des marchés financiers.
Les quatre axes de diversification
1. La diversification géographique
Investir dans différentes régions du monde est l'un des axes de diversification les plus puissants. L'économie française représente moins de 3 % de la capitalisation boursière mondiale. Se limiter au CAC 40, c'est ignorer 97 % des opportunités d'investissement.
Voici les principales zones à considérer :
- États-Unis (environ 60 à 65 % de la capitalisation mondiale) : le marché le plus profond, le plus liquide, dominé par les géants technologiques.
- Europe (environ 15 %) : des entreprises leaders dans le luxe, l'industrie, la pharmacie et l'énergie.
- Japon (environ 6 %) : troisième économie mondiale avec des entreprises innovantes dans l'automobile et la technologie.
- Marchés émergents (environ 10 à 12 %) : Chine, Inde, Brésil, Taiwan offrent un potentiel de croissance supérieur mais avec une volatilité accrue.
Un simple ETF MSCI World couvre les marchés développés, et un ETF MSCI Emerging Markets complète l'exposition aux pays émergents. Ensemble, ces deux ETF offrent une couverture de plus de 95 % de la capitalisation boursière mondiale.
2. La diversification sectorielle
Les différents secteurs économiques ne performent pas de la même manière selon le cycle économique :
- En phase d'expansion : les secteurs cycliques comme la technologie, la consommation discrétionnaire et l'industrie surperforment.
- En phase de ralentissement : les secteurs défensifs comme la santé, la consommation courante et les services aux collectivités résistent mieux.
- En période d'inflation : l'énergie, les matières premières et l'immobilier tendent à bien se comporter.
- En période de récession : les obligations d'État et les actions défensives à dividendes offrent une certaine protection.
En détenant des entreprises dans l'ensemble de ces secteurs, vous vous assurez que votre portefeuille résiste à toutes les phases du cycle économique, même si vous ne savez pas à l'avance quelle phase est la prochaine.
3. La diversification par classes d'actifs
Au-delà des actions, d'autres classes d'actifs offrent des profils de rendement et de risque très différents :
- Actions : rendement historique de 7 à 10 % par an, forte volatilité, idéales pour le long terme.
- Obligations : rendement de 2 à 5 %, faible volatilité, rôle d'amortisseur en cas de crise boursière. Les obligations d'État françaises (OAT) offrent une sécurité maximale.
- Immobilier : rendement de 3 à 8 % (incluant les loyers), faible corrélation avec les actions, protection contre l'inflation. Accessible via les SCPI ou les foncières cotées (SIIC).
- Matières premières : l'or en particulier sert de valeur refuge et de couverture contre l'inflation. Il a historiquement tendance à monter quand les actions chutent fortement.
- Fonds euros (assurance-vie) : rendement de 2 à 4 % en 2024, capital garanti, idéal pour la partie sécurisée du patrimoine.
4. La diversification temporelle
Investir progressivement dans le temps, plutôt qu'en une seule fois, est une forme puissante de diversification souvent négligée. C'est le principe du DCA (Dollar Cost Averaging) : investir une somme fixe à intervalles réguliers, typiquement chaque mois.
Le DCA présente plusieurs avantages :
- Il lisse votre prix d'entrée : vous achetez parfois cher, parfois à bon prix, mais la moyenne est généralement favorable.
- Il élimine le stress du timing : plus besoin de chercher le «bon moment» pour investir.
- Il s'adapte à l'épargne mensuelle : investir 300 euros chaque mois depuis votre salaire est la manière la plus naturelle de construire un patrimoine.
La corrélation entre actifs : la clé d'une bonne diversification
La diversification ne consiste pas simplement à détenir beaucoup d'actifs différents. L'efficacité de la diversification dépend de la corrélation entre les actifs de votre portefeuille. La corrélation mesure le degré auquel deux actifs évoluent ensemble :
- Corrélation de +1 : les deux actifs montent et baissent exactement ensemble. Aucun bénéfice de diversification.
- Corrélation de 0 : aucun lien entre les mouvements des deux actifs. Bonne diversification.
- Corrélation de -1 : les deux actifs évoluent en sens inverse. Diversification parfaite.
Quelques exemples concrets de corrélations :
- Actions françaises et actions américaines : corrélation d'environ +0,8 (élevée, diversification limitée).
- Actions et obligations d'État : corrélation d'environ -0,2 à +0,3 (faible, bonne diversification).
- Actions et or : corrélation d'environ 0 à +0,1 (très faible, excellente diversification).
- Actions et immobilier (SCPI) : corrélation d'environ +0,3 à +0,5 (modérée, diversification correcte).
L'objectif est de combiner des actifs dont les corrélations sont faibles ou négatives entre eux, afin que les baisses des uns soient compensées par la stabilité ou la hausse des autres.
La frontière efficiente : optimiser le rapport rendement/risque
La frontière efficiente, concept central de la théorie de Markowitz, représente l'ensemble des portefeuilles qui offrent le meilleur rendement possible pour un niveau de risque donné. En termes simples, c'est la «ligne optimale» sur laquelle vous devriez positionner votre portefeuille.
Imaginons trois portefeuilles :
- Portefeuille X : rendement attendu de 6 %, volatilité de 10 %.
- Portefeuille Y : rendement attendu de 6 %, volatilité de 15 %.
- Portefeuille Z : rendement attendu de 8 %, volatilité de 10 %.
Le portefeuille Y est inefficient car il offre le même rendement que X avec plus de risque. Le portefeuille Z est plus efficient que X car il offre un meilleur rendement pour le même niveau de risque. La diversification vous aide à vous rapprocher de cette frontière efficiente en trouvant la combinaison optimale d'actifs.
En pratique, vous n'avez pas besoin de faire des calculs complexes. Retenir ce principe suffit : mélanger des actifs peu corrélés améliore automatiquement l'efficience de votre portefeuille.
Exemples concrets de portefeuilles diversifiés
Portefeuille conservateur (risque faible)
Adapté aux investisseurs prudents ou proches de la retraite, avec un horizon de 3 à 7 ans :
- 40 % Fonds euros (assurance-vie) : capital garanti, rendement de 2 à 4 %.
- 20 % Obligations (ETF obligataire ou fonds obligataire) : stabilité et revenus réguliers.
- 25 % Actions monde (ETF MSCI World via PEA) : moteur de performance modéré.
- 10 % Immobilier (SCPI via assurance-vie) : revenus locatifs et diversification.
- 5 % Or (ETF or ou pièces) : protection contre les crises et l'inflation.
Rendement attendu : 4 à 6 % par an | Perte maximale historique estimée : -10 à -15 %
Portefeuille équilibré (risque modéré)
Adapté à la majorité des investisseurs avec un horizon de 8 à 15 ans :
- 15 % Fonds euros (assurance-vie) : socle sécurisé.
- 10 % Obligations (ETF obligataire) : amortisseur de volatilité.
- 50 % Actions monde (ETF MSCI World via PEA) : coeur de portefeuille.
- 10 % Actions marchés émergents (ETF Emerging Markets via PEA) : potentiel de croissance.
- 10 % Immobilier (SCPI) : diversification et revenus.
- 5 % Or : valeur refuge.
Rendement attendu : 6 à 8 % par an | Perte maximale historique estimée : -20 à -30 %
Portefeuille dynamique (risque élevé)
Adapté aux investisseurs jeunes avec un horizon de plus de 15 ans et une forte tolérance au risque :
- 60 % Actions monde (ETF MSCI World via PEA) : base solide.
- 15 % Actions marchés émergents (ETF via PEA) : moteur de croissance.
- 10 % Actions sectorielles ou thématiques (technologie, santé) : surpondération de convictions.
- 10 % Immobilier (SCPI ou foncières cotées) : diversification.
- 5 % Or ou matières premières : protection.
Rendement attendu : 8 à 10 % par an | Perte maximale historique estimée : -35 à -50 %
Les risques de la sur-diversification
Si la diversification est bénéfique, la sur-diversification (aussi appelée diworsification) peut être contre-productive :
- Dilution de la performance : en détenant trop d'actifs, vous vous rapprochez de la performance moyenne du marché sans la dépasser, tout en accumulant des frais de gestion multiples.
- Complexité de gestion : un portefeuille avec 30 lignes d'ETF et d'actions est difficile à suivre, à rééquilibrer et à comprendre. La simplicité est souvent synonyme d'efficacité.
- Chevauchement des ETF : détenir à la fois un ETF MSCI World, un ETF S&P 500 et un ETF MSCI Europe crée des doublons importants (les actions américaines et européennes sont déjà dans le MSCI World). Vous payez des frais supplémentaires pour une diversification marginale.
- Coûts de transaction accumulés : multiplier les lignes augmente les frais de courtage lors des achats et du rééquilibrage.
En pratique, un portefeuille bien diversifié peut se composer de seulement 3 à 5 produits : un ETF monde pour les actions, un ETF obligataire, une poche immobilier (SCPI) et éventuellement un peu d'or. Inutile de multiplier les lignes à l'infini.
Comment diversifier avec un petit budget
La bonne nouvelle, c'est que la diversification est accessible même avec un budget limité :
- Avec 50 euros par mois : investissez dans un seul ETF MSCI World via votre PEA. Vous êtes instantanément diversifié sur plus de 1 500 entreprises dans 23 pays et tous les secteurs.
- Avec 200 euros par mois : répartissez entre un ETF MSCI World (150 euros) et un versement sur votre assurance-vie en fonds euros (50 euros). Vous combinez actions et sécurité.
- Avec 500 euros par mois : ajoutez un ETF marchés émergents (50 euros), des parts de SCPI via assurance-vie (100 euros), et augmentez votre coeur ETF monde (250 euros) et votre fonds euros (100 euros).
- Avec 1 000 euros par mois et plus : vous pouvez affiner avec des actions individuelles en complément, de l'or physique ou des ETF sectoriels pour surpondérer certaines thématiques.
L'essentiel est de commencer tôt plutôt que d'attendre d'avoir un gros capital. Grâce aux intérêts composés, 200 euros par mois investis pendant 30 ans à 8 % de rendement produisent un capital de plus de 300 000 euros, dont plus de 225 000 euros de gains purs.
Mise en oeuvre pratique avec les produits français
Voici comment implémenter concrètement une stratégie de diversification optimale en utilisant les enveloppes fiscales françaises :
Le PEA : votre coeur actions
Le PEA accueille la partie actions de votre portefeuille avec une fiscalité optimale. Investissez-y vos ETF monde, S&P 500, Europe et marchés émergents. Grâce aux ETF synthétiques éligibles PEA, vous accédez aux marchés mondiaux tout en bénéficiant de la fiscalité réduite (17,2 % après 5 ans). Consacrez-y 50 à 80 % de votre épargne investie selon votre profil de risque.
L'assurance-vie : votre couteau suisse patrimonial
L'assurance-vie est l'enveloppe idéale pour vos placements sécurisés et immobiliers :
- Fonds euros : capital garanti, rendement de 2 à 4 % en 2024. Choisissez un contrat en ligne comme Linxea Spirit 2, Lucya Cardif ou Placement-direct Vie pour accéder aux meilleurs fonds euros du marché.
- SCPI en unités de compte : investissez dans l'immobilier sans les contraintes de gestion, avec un ticket d'entrée réduit et sans frais de notaire. Des SCPI comme Corum Origin, Iroko Zen ou Remake Live offrent des rendements de 5 à 7 %.
- ETF obligataires : pour compléter la partie défensive de votre portefeuille.
L'assurance-vie offre également des avantages successoraux majeurs : chaque bénéficiaire peut recevoir jusqu'à 152 500 euros hors droits de succession pour les versements effectués avant 70 ans.
Le Livret A et le LDDS : votre épargne de précaution
Avant toute diversification, assurez-vous de disposer de 3 à 6 mois de dépenses courantes sur vos livrets réglementés. Ce matelas de sécurité ne fait pas partie de votre stratégie d'investissement mais il est indispensable pour éviter de devoir vendre vos investissements au pire moment.
L'approche Wealth.OS : notre plateforme vous aide à construire et piloter votre allocation diversifiée. Grâce à la vision consolidée de tous vos comptes (PEA, assurance-vie, CTO, livrets, immobilier), vous visualisez instantanément la répartition réelle de votre patrimoine et identifiez les axes de diversification à améliorer. Nos outils de simulation vous permettent de tester différentes allocations et de mesurer leur impact sur votre rendement et votre risque attendus.