Qu'est-ce que l'allocation d'actifs ?
L'allocation d'actifs, ou asset allocation en anglais, désigne la manière dont vous répartissez votre patrimoine entre les différentes classes d'actifs disponibles : actions, obligations, immobilier, liquidités, matières premières, etc. C'est, en quelque sorte, la recette de votre portefeuille financier.
Cette répartition est la décision d'investissement la plus importante que vous prendrez. Une étude célèbre de Brinson, Hood et Beebower a montré que plus de 90 % de la variation des rendements d'un portefeuille s'expliquent par l'allocation d'actifs, et non par le choix de titres individuels ou le timing de marché. Autrement dit, il est bien plus rentable de réfléchir à « combien mettre en actions vs obligations » que de chercher la prochaine action qui va exploser.
Votre allocation d'actifs doit refléter trois paramètres fondamentaux :
- Votre horizon de placement : combien de temps avant d'avoir besoin de cet argent ?
- Votre tolérance au risque : quelle baisse temporaire êtes-vous capable de supporter sans paniquer ?
- Vos objectifs financiers : retraite, achat immobilier, financement des études de vos enfants ?
Les principales classes d'actifs
Avant de parler de répartition, clarifions les briques de base à votre disposition.
Actions (rendement élevé, risque élevé)
Les actions représentent des parts de propriété dans des entreprises. Historiquement, elles offrent le rendement le plus élevé sur le long terme — environ 7 à 10 % par an en moyenne — mais avec une volatilité importante. Une chute de 30 à 50 % en période de crise (2008, 2020) est tout à fait possible. C'est le moteur de croissance de votre portefeuille.
Obligations (rendement modéré, risque modéré)
Les obligations sont des prêts que vous accordez à un État ou une entreprise en échange d'intérêts réguliers. Elles sont moins volatiles que les actions et offrent un rendement historique de 2 à 5 % par an. Elles jouent un rôle de stabilisateur dans le portefeuille et tendent à monter quand les actions baissent (effet de décorrélation).
Immobilier (rendement intermédiaire, faible liquidité)
L'immobilier, qu'il soit détenu en direct ou via des SCPI (Sociétés Civiles de Placement Immobilier), offre un rendement moyen de 3 à 6 % par an (loyers + valorisation). C'est une classe d'actifs tangible qui protège partiellement contre l'inflation, mais avec une liquidité limitée.
Liquidités (rendement faible, risque nul)
Les liquidités comprennent le cash sur vos comptes courants, vos livrets réglementés (Livret A à 3 %, LDDS, LEP) et les fonds monétaires. Le rendement est faible, souvent inférieur à l'inflation, mais la disponibilité est immédiate. Les liquidités servent de matelas de sécurité et de réserve pour saisir des opportunités.
Or et matières premières
L'or est historiquement une valeur refuge en période de crise et d'inflation. Son rendement à long terme est modeste (environ 1 à 2 % par an au-dessus de l'inflation), mais il apporte une diversification précieuse. Une allocation de 5 à 10 % en or est souvent recommandée dans un portefeuille diversifié.
Cryptomonnaies
Les cryptomonnaies (Bitcoin, Ethereum) sont une classe d'actifs récente, extrêmement volatile et spéculative. Elles ont offert des rendements spectaculaires mais aussi des chutes de 70 à 80 %. Si vous souhaitez en détenir, limitez-vous à 5 % maximum de votre portefeuille et considérez cette allocation comme du capital que vous êtes prêt à perdre entièrement.
La règle classique : 100 – votre âge
La règle traditionnelle la plus connue consiste à investir en actions un pourcentage égal à 100 moins votre âge, et le reste en obligations et liquidités.
- À 25 ans : 75 % en actions, 25 % en obligations/liquidités
- À 40 ans : 60 % en actions, 40 % en obligations/liquidités
- À 60 ans : 40 % en actions, 60 % en obligations/liquidités
Cette règle a le mérite de la simplicité, mais elle est considérée comme trop conservatrice par de nombreux experts modernes. Avec l'allongement de l'espérance de vie et les taux d'intérêt historiquement bas, certains recommandent désormais d'utiliser la formule 110 – votre âge, voire 120 – votre âge, pour la part en actions.
Approches modernes de l'allocation
Les approches contemporaines vont au-delà d'une simple formule basée sur l'âge. Elles intègrent des éléments plus nuancés :
- Le capital humain : à 25 ans, votre principal actif est votre capacité à générer des revenus futurs. Ce « capital humain » se comporte davantage comme une obligation (revenus réguliers et relativement stables). Vous pouvez donc vous permettre de prendre plus de risques avec votre capital financier.
- L'approche par objectifs (goal-based investing) : plutôt qu'une allocation unique, vous créez des « poches » distinctes pour chaque objectif — une poche agressive pour la retraite dans 30 ans, une poche prudente pour l'apport immobilier dans 3 ans.
- La parité de risque (risk parity) : au lieu d'allouer un pourcentage égal à chaque classe d'actifs, on alloue un niveau de risque égal. Comme les obligations sont moins volatiles, il faut en détenir davantage (éventuellement avec du levier) pour qu'elles contribuent autant au risque total.
Portefeuilles modèles par tranche d'âge
20-30 ans : l'agressivité est votre alliée
À cet âge, votre horizon de placement est de 30 à 40 ans pour la retraite. Vous pouvez supporter des baisses temporaires car le temps est de votre côté. Les intérêts composés feront des merveilles.
- Actions / ETF actions : 70-80 %
- Immobilier (SCPI) : 10-15 %
- Obligations / Fonds euros : 5-10 %
- Liquidités (Livret A, LDDS) : 5-10 % (fonds d'urgence)
Exemple concret : Thomas, 27 ans, développeur, investit 500 € par mois. Il place 400 € sur un ETF MSCI World via son PEA, 50 € en SCPI via son assurance-vie, et conserve 50 € sur son Livret A jusqu'à atteindre 6 mois de dépenses.
30-40 ans : croissance et consolidation
Les responsabilités augmentent (famille, crédit immobilier), mais l'horizon reste long. C'est souvent la décennie où les revenus progressent fortement, permettant d'accélérer l'accumulation.
- Actions / ETF actions : 60-70 %
- Immobilier (SCPI + résidence principale) : 15-20 %
- Obligations / Fonds euros : 10-15 %
- Liquidités : 5-10 %
40-50 ans : l'équilibre
Le pic de revenus est atteint ou approche. La retraite se dessine à 15-25 ans. Il est temps de commencer à sécuriser progressivement une partie des gains sans sacrifier la croissance.
- Actions / ETF actions : 50-60 %
- Immobilier : 15-20 %
- Obligations / Fonds euros : 15-20 %
- Liquidités : 5-10 %
50-60 ans : la transition
La retraite approche concrètement. Le portefeuille doit progressivement basculer vers des actifs moins volatils, tout en conservant une part de croissance pour les 20 à 30 ans de retraite qui suivront.
- Actions / ETF actions : 35-45 %
- Immobilier : 15-20 %
- Obligations / Fonds euros : 25-35 %
- Liquidités : 10-15 %
60 ans et plus : la préservation
La priorité devient la génération de revenus réguliers et la préservation du capital. Attention toutefois à ne pas être trop conservateur : avec 20 à 30 ans d'espérance de vie, il faut conserver une part de croissance pour ne pas voir son pouvoir d'achat érodé par l'inflation.
- Actions / ETF actions : 20-35 %
- Immobilier (SCPI pour les revenus) : 15-20 %
- Obligations / Fonds euros : 30-40 %
- Liquidités : 10-15 %
Évaluer votre tolérance au risque
L'âge n'est qu'un paramètre parmi d'autres. Votre tolérance au risque personnelle est tout aussi déterminante. Posez-vous ces questions :
- Si votre portefeuille perdait 30 % de sa valeur en trois mois, que feriez-vous ? (a) Vendre en panique, (b) Ne rien faire et attendre, (c) Investir davantage pour profiter des soldes.
- Avez-vous des revenus stables et prévisibles ? Un fonctionnaire peut se permettre plus de risque qu'un indépendant aux revenus variables.
- Avez-vous des personnes à charge ? Des enfants en bas âge ou un conjoint sans revenus impliquent plus de prudence.
- Votre fonds d'urgence est-il constitué ? Sans filet de sécurité de 3 à 6 mois de dépenses, il est imprudent d'investir agressivement.
Si vous êtes naturellement anxieux face aux pertes, réduisez la part en actions de 10 à 20 points par rapport aux portefeuilles modèles ci-dessus. Mieux vaut une allocation légèrement sous-optimale que vous maintiendrez en toutes circonstances qu'une allocation agressive que vous abandonnerez à la première tempête boursière.
Spécificités françaises de l'allocation
Le système d'épargne français offre des enveloppes fiscales spécifiques qui influencent naturellement votre allocation.
La résidence principale
Pour de nombreux Français, la résidence principale représente 50 à 70 % du patrimoine total. C'est une particularité culturelle française qu'il faut intégrer dans votre réflexion. Si votre appartement vaut 300 000 € et votre patrimoine financier 100 000 €, vous êtes de facto exposé à 75 % à l'immobilier. Votre allocation financière devrait alors surpondérer les actions pour rééquilibrer votre patrimoine global.
Le PEA pour les actions
Le PEA (Plan d'Épargne en Actions) est l'enveloppe idéale pour la part actions de votre portefeuille. Après 5 ans de détention, les plus-values sont exonérées d'impôt sur le revenu (seuls les prélèvements sociaux de 17,2 % s'appliquent). Plafond de versement : 150 000 €. Privilégiez les ETF (MSCI World, S&P 500, Stoxx Europe 600) pour une diversification maximale à moindre coût.
L'assurance-vie pour la flexibilité
L'assurance-vie est le couteau suisse de l'épargnant français. Elle permet de détenir des fonds euros (équivalent obligations, capital garanti, rendement autour de 2,5 à 3,5 % en 2024-2025) et des unités de compte (actions, SCPI, obligations). Après 8 ans, vous bénéficiez d'un abattement annuel de 4 600 € sur les gains (9 200 € pour un couple). Elle peut accueillir votre allocation obligataire via les fonds euros et compléter votre allocation immobilière via des SCPI.
Les SCPI pour l'immobilier
Si vous souhaitez diversifier dans l'immobilier sans acheter en direct, les SCPI offrent un rendement moyen de 4 à 5 % par an. Elles peuvent être logées en assurance-vie (avantage fiscal) ou détenues en direct. Les SCPI européennes permettent en outre de diversifier géographiquement votre exposition immobilière au-delà du marché français.
Le Livret A et LDDS pour les liquidités
Le Livret A (3 % net en 2025) et le LDDS sont parfaits pour votre fonds d'urgence et votre allocation en liquidités. Exonérés d'impôt et de prélèvements sociaux, disponibles immédiatement, ils n'ont aucun équivalent dans le monde pour la poche « cash » d'un portefeuille.
Adapter l'allocation aux événements de vie
Votre allocation d'actifs n'est pas gravée dans le marbre. Elle doit évoluer en fonction des grands événements de votre vie :
- Mariage ou PACS : pensez votre allocation en couple. Les deux patrimoines se complètent. Si l'un est fonctionnaire (revenus stables) et l'autre indépendant, le couple peut globalement prendre plus de risque.
- Naissance d'un enfant : augmentez légèrement la part sécurisée et constituez une poche dédiée (assurance-vie au nom de l'enfant, par exemple) pour financer les études dans 18 ans.
- Achat immobilier : dans les 2-3 ans précédant l'achat, sécurisez l'apport en basculant progressivement des actions vers des fonds euros et livrets. Ne prenez pas le risque de voir votre apport fondre de 30 % juste avant la signature.
- Héritage : un héritage peut modifier significativement votre allocation. Si vous héritez d'un bien immobilier, votre exposition immobilière augmente mécaniquement. Rééquilibrez en investissant les liquidités reçues en actions.
- Approche de la retraite : à partir de 55 ans, enclenchez le « glide path » — une réduction progressive et régulière de la part actions au profit des obligations et liquidités.
Le concept de glide path
Le glide path (« trajectoire de descente ») est un concept emprunté aux fonds de retraite américains (target-date funds). Il décrit la trajectoire que suit votre allocation d'actifs au fil du temps, passant progressivement d'un portefeuille agressif à un portefeuille conservateur.
L'idée est simple : plutôt que de modifier brutalement votre allocation à 60 ans, vous ajustez graduellement dès 50 ou 55 ans. Par exemple, vous réduisez votre exposition actions de 2 % par an pendant 15 ans, passant de 60 % à 30 %.
Ce lissage présente deux avantages majeurs : il réduit le risque de séquence (subir un krach juste avant la retraite avec un portefeuille trop exposé) et il vous force à une discipline d'investissement régulière, éliminant les décisions émotionnelles.
Avec Wealth.OS, vous pouvez visualiser la répartition actuelle de votre patrimoine entre toutes les classes d'actifs, la comparer aux portefeuilles modèles adaptés à votre âge et votre profil, et recevoir des recommandations personnalisées pour ajuster votre allocation au fil du temps. L'outil vous accompagne dans la mise en place de votre propre glide path, avec des alertes lorsque votre allocation s'éloigne trop de votre cible.